Édito Animal

L’écrivain et l’animal, l’animal en l’écrivain

Numéro 8

IL EST TOUJOURS ÉDIFIANT d’entendre ou de lire le point de vue de chercheurs, qu’ils appartiennent aux branches naturelles ou humaines des sciences, sur le thème des animaux et des relations que l’homme entretient avec eux. De la zoologie à l’éthologie, en passant par la philosophie, l’histoire et la sociologie, de nombreuses recherches, particulièrement abondantes depuis une trentaine d’années, nous permettent de mieux appréhender l’univers animalier et la grande intelligence des comportements et des interactions qui s’offrent à l’observation.

Il est une autre source de connaissances qui enrichit et complexifie notre rapport à l’animal : la fiction. Les écrivains ont de tout temps exploité le caractère difficilement sondable, si proche et pourtant si obscur, de la présence animale pour en tirer des personnages mémorables de roman ou de nouvelle. On pense à Moby Dick, à Croc-Blanc, à Kafka sur le rivage, à Cujo… La liste est longue et s’allonge chaque jour, recourir à la métaphore animale dans la littérature étant une pratique consacrée par l’usage. La pertinence littéraire de ces créations, quant à elle, varie grandement selon que l’animal en question est traité soit comme simple élément de décor ou créature anthropomorphique auxquels l’auteur nierait toute réalité indépendante et subjective, soit comme personnage à part entière, doué d’une sensibilité et d’une personnalité propre.

Dans ce nouveau numéro de Jentayu, nous avons choisi de nous attacher à présenter des textes qui placent l’animal au centre de leur récit, qu’il en soit le centre incarné et tangible – de poils, de plumes ou d’écailles – ou un centre plus nébuleux et fantasmé. Les points de vue, immanquablement, sont variés : nous nous glisserons aussi bien dans la peau d’un mastiff du Tibet que dans celle d’un grand-père se remémorant le jour fatal de la mort de son chien, nous troquerons notre enveloppe corporelle contre une tunique plus vaporeuse pour franchir plusieurs fois les frontières entre monde terrestre et monde spirituel, entre rêve et réalité. Nous serons à la fois le chasseur et la proie, observateur et observé. Animal et anima.

Chaque auteur retenu ici, à sa manière, fait preuve d’un profond respect pour la condition animale. Quels que soient les pays et cultures traversés au fil de ces quelques pages, de l’Inde à la Chine, en passant notamment par le Bangladesh, le Vietnam et la Mongolie, le traitement esthétique réservé aux animaux reste digne, soucieux des nuances et révélateur de nos contradictions proprement humaines. Des textes d’une grande finesse et d’une grande poésie, pour certains même véritables modèles d’éthique littéraire et humaniste, que nous vous invitons à découvrir en vous agrippant fermement aux ailes du fougueux Jentayu.

Les éditions Jentayu tiennent à remercier toutes les personnes ayant accepté de faire partie de l’aventure de cette revue, et tout particulièrement les traducteurs qui ont généreusement donné de leur temps pour permettre à ce huitième numéro de voir le jour, par ordre alphabétique : Marcel Barang, Raphaël Blanchier, Camille Brantes, Brigitte Bresson, Sylvain Cavaillès, Solange Cruveillé, Danh Thành Do-HurinvilleBrigitte Duzan, Gwennaël Gaffric, Véronique Gossot, Patricia Houéfa Grange, Matthieu Kolatte et ses étudiants, Marielle Morin, Pierre-Mong Lim, Filip Noubel et Dominique Vitalyos.

Illustration : © Wu Junyong.