Note de lecture Exil

Nul ne peut faire revivre les morts

Numéro 9

SOTH POLIN est né en 1943. Son premier roman, Une vie absurde (Tchiivit ‘Et Ney, 1965), fortement influencé par Nietzsche, Freud et Sartre, mais aussi par la philosophie bouddhiste, fut un énorme succès. C’est aujourd’hui encore l’un des livres préférés des jeunes lecteurs cambodgiens. Il écrivit ensuite de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont les grinçants et crépusculaires Tu es l’amour de ma vie (‘Oôn Tchie Mtchah Snaè, 1966), Un homme s’ennuie (Bo’râh ‘Apsok, 1967) et La Mort dans l’âme (Morena’ Knong Duong Tchèt, 1973). Proche des milieux nationalistes, anti-Sihanouk et anticommuniste, il fonda à la fin des années soixante le quotidien et la maison d’édition Nokor Thom (« Le grand royaume »).

Soth Polin est souvent considéré en France comme l’écrivain d’un seul livre, L’Anarchiste, rédigé directement en français quelques mois après la chute du régime de Pol Pot (son père et deux de ses frères furent assassinés), roman incandescent où se mêlent érotisme et douleur de vivre (réédité en 2011 aux éditions de la Table Ronde, avec une préface de Patrick Deville).

Son œuvre en khmer est pourtant abondante. Elle commence à peine à être traduite (par Christophe Macquet).

En 2017, les éditions toulousaines du Grand Os ont publié un recueil de nouvelles décapantes, Génial et génital (1969).

Soth Polin se définit lui-même comme un exilé, un raté.

Exilé intérieur tout d’abord, coupé du monde (la coupure – la castration – est l’un de ses thèmes récurrents), séparé (à cause du cogito occidental, explique-t-il dans plusieurs de ses livres) des sources vitales de la culture khmère, il connaîtra également un double exil physique (du Cambodge vers la France, en 1974, pour échapper à une exécution probable, sa plume ayant violemment défié le pouvoir en place ; puis de la France vers les États-Unis, en 1982, après avoir rompu avec sa femme).

Soth Polin estaujourd’hui un vieil homme de soixante-quinze ans. Il vit toujours à Long Beach, matériellement naufragé, habitant seul dans une grande pièce vitrée à peu près vide. Il est, pour reprendre ses propres termes, « socialement mort ».

Il n’est jamais retourné ni en France ni au Cambodge.

SOTH POLIN est l’auteur de Nul ne peut faire revivre les morts, une nouvelle traduite du khmer par CHRISTOPHE MACQUET et à découvrir en intégralité dans les pages du numéro 9 de Jentayu.

Illustration : © Odelia Tang.