Édito Histoire et Mémoire

Le sillon des souvenirs

Numéro 7

HISTOIRE, MÉMOIRE. Deux mots qui se sous-tendent et se suggèrent l’un l’autre, et qui, pourtant, ne vont pas toujours de pair. Quand la mémoire se fait nébuleuse et imprécise, l’histoire en pâtit et reste incomplète. Quand l’histoire est volontairement tronquée, manipulée, c’est la mémoire que l’on bafoue. Le lien entre ces deux notions n’en est que plus résilient, plus positif, que lorsque la mémoire se met au service de l’histoire. Comme il est d’usage de dire, le passé éclaire alors notre présent.

La littérature participe de cet éclairage en nous donnant à lire des récits d’ordre individuel qui s’inscrivent dans les méandres de la narration officielle — ou, au contraire, s’en écartent plus ou moins sensiblement. Ainsi l’histoire est faite d’une multitude de ces destins qui, additionnés les uns aux autres, donnent à voir une fresque pointilliste où se révèlent gradations, contrastes et reliefs. Et tous ces destins — tous autant qu’ils soient — comptent. En littérature, il n’est pas d’existence, aussi infime ou infâme puisse-t-elle paraître, qui ne mérite que l’on s’y intéresse : les écrivains viennent ainsi combler la difficulté qu’ont les historiens à englober le particulier dans le collectif, le nuancé dans la tendance générale. Les petites vies, on le sait, font souvent de grands livres.

Dans ce nouveau numéro de Jentayu, ce sont ces petites vies qui sont mises en avant. Des petites vies de petites gens qui, chacune à leur manière, ont écrit l’histoire, et qui, pour certaines, souffrent depuis longtemps de ne pas être reconnues à leur juste valeur. Que ce soit au travers de la fiction, de la non-fiction ou de la poésie, tous les auteurs et artistes ici sélectionnés excellent dans l’art de reconstituer un passé méconnu ou oublié, de recréer une ambiance et faire resurgir des sentiments que l’on croyait à jamais enfouis, de donner une voix à ceux que l’on voudrait faire taire. Il faut entendre ces voix, écouter ce qu’elles ont à nous dire, pour que nos générations se rappellent de celles qui les ont précédées et que le sillon des souvenirs continue d’illuminer la grand-route de l’avenir.

Les éditions Jentayu tiennent à remercier toutes les personnes ayant accepté de faire partie de l’aventure de cette revue, et tout particulièrement les traducteurs qui ont généreusement donné de leur temps pour permettre à ce septième numéro de voir le jour, par ordre alphabétique : Marcel Barang, Chen Fang-HweyBrigitte Duzan, Gwennaël Gaffric, Serge Jardin, Coraline Jortay, Matthieu Kolatte, Koson Thanadsamran, Violaine Liebhart, Pierre-Mong Lim, Filip Noubel et Amanda Sherpa-Atlan.

Photo : Journey (2010), © Chong Siew Ying.