Numéro 2 Villes et Violence

Souris, Singapour

Entretien

DANS VOTRE NOUVELLE « Souris, Singapour », vous en appelez à un personnage archétype de la littérature policière, mais aussi un symbole de la classe laborieuse de Singapour : le chauffeur de taxi. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour cette histoire ? Aviez-vous le taxi driver Travis Bickle de Martin Scorsese à l’esprit au moment de l’écriture ?

Non, je n’ai pas pensé à Travis Bickle. C’est peut-être terrible, mais j’avoue n’avoir jamais vu le film ! La trame de cette nouvelle est en fait inspirée d’un fait divers réel. Un chauffeur de taxi singapourien avait obtenu une arme à feu et tiré sur un usurier qui harcelait sa petite amie. L’usurier a survécu, et pourtant le chauffeur a quand même été condamné à la peine de mort. Le passage à tabac d’un chauffeur décrit dans la nouvelle est également inspiré d’un fait véridique. Le reste des incidents m’est venu de mon oncle, qui lui aussi était chauffeur de taxi.

Plusieurs de vos nouvelles et romans donnent de puissantes descriptions des bas-fonds de Singapour. Quelles sont vos principales influences sur les plans littéraire et artistique ?

Je ne pense pas que mes histoires soient particulièrement sombres… à moins que cela ne soit inconscient et que seuls mes lecteurs l’aient remarqué ! Je n’ai pas vraiment de références littéraires. J’ai grandi en regardant beaucoup d’emissions télévisées américaines, et les séries policières étaient nombreuses. Je regarde aussi beaucoup de films hongkongais et la plupart traite de crime, et notamment de trafic de drogues et de triades. En comparaison, les bas-fonds de Singapour sont bien tranquilles, mais ils partagent avec Hong Kong cette tradition des triades. Mes recherches sont donc plutôt simples : beaucoup de gens ici ont des souvenirs du temps où les triades étaient omniprésentes et où tout Singapourien chinois avec un tatouage pouvait être une source d’ennuis.

Vous êtes un des auteurs les plus prolifiques de Singapour. Comment décririez-vous la scène littéraire locale actuelle ?

La scène littéraire singapourienne a beaucoup évolué ces dernières années. De nombreux auteurs écrivent dans les quatre langues officielles du pays (NdT: l’anglais, le chinois, le malais et le tamoul), et dans tous les genres. Ils jouissent d’une reconnaissance croissante et d’importantes subventions d’État sont à leur disposition. C’est le moment d’être écrivain à Singapour ! Mais à une échelle plus grande, s’il y a bien un intérêt grandissant pour la littérature singapourienne, nous sommes encore très loin d’être reconnus internationalement comme une nation littéraire de premier plan.

Pour conclure, pourquoi écrivez-vous ?

J’écris parce que j’y prends mon pied. Le jour où je ne me fais plus plaisir, j’arrête tout.

COLIN CHEONG est l’auteur de Souris, Singapour, une nouvelle traduite de l’anglais (Singapour) par JÉRÔME BOUCHAUD à découvrir dans les pages du numéro 2 de Jentayu.

Photo © JB.