Note de lecture Exil

Les enfants du docteur Bethune

Numéro 9

« LES ENFANTS DU DOCTEUR BETHUNE » (《白求恩的孩子们》) est l’un des romans les plus célèbres et les plus intéressants de Xue Yiwei (薛忔沩), tant du point de vue du fond que de la forme. C’est aussi, parmi ses écrits, l’un de ceux qui lui sont le plus cher.

Genèse : pourquoi le docteur Bethune ?

Un précurseur de la médecine humanitaire

Le docteur Norman Bethune est un médecin canadien né en 1890 qui s’est illustré par ses innovations dans le domaine chirurgical, mais aussi pour avoir été un précurseur de la médecine sociale au Canada. S’il est resté mondialement célèbre, cependant, c’est pour son action humanitaire, et d’abord chez lui, à Montréal. Idéaliste choqué par l’injustice sociale et la pauvreté d’une partie de la population de la ville, il donne des soins médicaux gratuits et se rapproche du Parti communiste du Canada. Il est médecin militaire dans l’armée britannique puis en France pendant la Première Guerre mondiale, puis s’engage aux côtés des Républicains en Espagne pendant la guerre civile espagnole.

Devenu persona non grata en Espagne, il part en Chine en mai 1937, avec une cargaison de matériel médical, rejoint la Huitième armée de route à Yan’an, pendant l’été 1939 est nommé conseiller médical auprès du général Nie Rongzhen (聂荣臻), organise des antennes mobiles médicales en suivant la guérilla avec du matériel transporté à dos de mulet. Il forme aussi aux soins d’urgence des infirmiers et des médecins, précurseurs des médecins aux pieds nus.

En 1939, alors qu’il opère sans gants chirurgicaux un soldat blessé, il se coupe la main ; la blessure s’infecte et, faute de pénicilline, entraîne une septicémie. Il meurt le 12 novembre 1939.

Immortalisé par Mao

Apprenant sa mort, Mao rédige aussitôt un hommage qu’il prononce le 21 décembre 1939 : « A la mémoire de Norman Bethune » (《纪念白求恩》). Le texte figure dans ses œuvres complètes ; avec les deux grands discours « Servir le peuple » (《为人民服务》) et « Comment Yugong déplaça les montagnes » (《愚公移山》), prononcés respectivement les 8 septembre 1944 et 11 juin 1945, c’est l’un des « trois textes vénérables » (“老三篇”), que tous les écoliers chinois ont eu à apprendre par cœur dans leur enfance.

Lien entre deux mémoires

Xue Yiwei l’a appris lui aussi et en a gardé une vénération pour le personnage, dont il a retrouvé les traces à Montréal quand il est arrivé là. Il a donc cherché à établir les liens existants entre la mémoire du Dr Béthune en Chine et celle préservée au Canada, et dès le départ en écrivant une fiction, non une biographie.

Une inspiration soudaine lui est venue un jour de novembre 2007, alors qu’il passait place du 6-décembre-1989, appelée ainsi en mémoire de la « tuerie » qui a eu lieu ce jour-là à l’École polytechnique de Montréal : un homme a ouvert le feu sur un groupe de jeunes, tuant quatorze étudiantes et blessant quatorze autres personnes avant de se suicider. Acte à caractère misogyne, sans grand rapport avec les événements tragiques de Tian’anmen, il a cependant créé en Xue Yiwei un déclic du même ordre que la pomme de Newton. 1989 est devenue la date pivot autour de laquelle s’est organisée sa réflexion, et son roman.

Il a commencé à écrire son roman en novembre 2007 comme travail final de sa classe d’écriture créative à l’université de Montréal : il a rédigé dans ce cadre les sept premières histoires, plus la préface et l’épilogue. Il a ensuite peu à peu ajouté les autres chapitres au cours des années suivantes.

La suite de la note de lecture sur le site Chinese Short Stories.

XUE YIWEI est l’auteur de Les enfants du docteur Bethune, un roman dont des extraits traduits du chinois (Chine) par BRIGITTE DUZAN sont à découvrir dans les pages du numéro 9 de Jentayu.

Illustration : © Odelia Tang.