Extrait Animal

Les hirondelles

Numéro 8

AU-DEVANT D’UNE LÉGENDE de ma steppe sonore
De si loin à tire d’aile, voici venir les hirondelles
Ces oiseaux en quête d’idéal reviennent planer toujours
Sur la paume de la steppe azurée où fut versée l’eau d’éternité

Il y a fort longtemps, je galopais avec mon père
Parmi les sommets solitaires virevoltaient les hirondelles
Revenues, disait-il, jusqu’à moi du fond des âges
Poursuivre sans fléchir leur quête singulière

À cet âge-là je n’avais pas saisi le sens de la légende racontée par mon père
Je vis une hirondelle quitter ce monde
Et bien qu’elle ait trouvé l’eau d’éternité
Je déplorais qu’elle ne s’en soit pas désaltérée

À mon père, qui contait le meilleur des légendes
Venues du fond des âges et porteuses de sagesse
Je promis de trouver avant les hirondelles
Pour lui en donner à boire, l’eau d’éternité

Dans ce monde où la vie est brève je n’ai pu accomplir ma promesse
Mon père aujourd’hui n’est plus, son fils n’a pas trouvé l’eau d’éternité
Les hirondelles vont et viennent, tournoyant vers moi
Comme pour s’enquérir, auprès d’un homme, de l’eau d’éternité

À mon fils aux yeux pers, héritier du foyer de son père
Je dirai, à mon tour, le conte des hirondelles
La vie n’est pas l’éternité : moi aussi, je partirai
À mes enfants je laisserai le conte des hirondelles

À l’heure de finir le conte, mes chers amis, il se dit
Que quand l’eau d’éternité sera trouvée viendra le temps de la vie éternelle
Aux hirondelles de la légende de ma steppe, aux porteuses d’idéal
Donnez alors un peu de l’eau d’éternité.

G. MEND-OOYO est l’auteur de Les grues – BalladeL’assemblée des gazelles et Les hirondelles, trois poèmes traduits du mongol par RAPHAËL BLANCHIER et à découvrir en intégralité dans les pages du numéro 8 de Jentayu.

Photo © Kenneth Cole Schneider.