Note de lecture Histoire et Mémoire

La campagne de sauvetage des déviants

Numéro 7

DANS TÉMOIGNAGE DOULOUREUX, récit patient et détaillé des événements qui ont marqué la Chine moderne dans la seconde moitié du XXe siècle, Wei Junyi, mariée en tant que cadre à un autre cadre important, raconte son expérience du communisme, du maoïsme et de la Chine. Elle le fait sous l’angle de son vécu et de celui de sa famille durant la guerre, à Yan’an, lors de la Libération puis du Grand Bond en avant, de la Révolution culturelle, et pendant bien d’autres campagnes qui ont constitué la vie quotidienne des cadres sous Mao. Son franc-parler et sa sincérité sont à la hauteur de son courage. Elle révèle non seulement son histoire personnelle, l’évolution de ses pensées au fil des expériences d’une communiste de la première heure, ses propres erreurs, sa foi inébranlable, et finalement ce qu’elle considère comme une trahison envers elle-même, mais aussi l’histoire d’autres personnes de son entourage, dévoilant ainsi l’étendue des souffrances.

L’extrait publié dans Jentayu, « La campagne de sauvetage des déviants », correspond au deuxième chapitre (sur un total de 19, environ 110.000 caractères) du livre et raconte l’expérience de Wei Junyi à Yan’an. Après la Longue Marche, Yan’an dans le Shaanxi devient la base du Parti communiste chinois. C’est là aussi que Mao consolide son pouvoir au sein du parti. En 1942, le Comité central initie un mouvement idéologique massif connu sous le nom de « campagne de rectification de Yan’an », dirigée de façon à peine voilée contre les adversaires de Mao, et qui a également pour but d’éliminer les cadres qui ne soutiennent pas suffisamment la cause maoïste. Par ses méthodes, la campagne de rectification deviendra le modèle utilisé pour mettre systématiquement les pensées de la population sur le droit chemin et asseoir le monopole du pouvoir politique, tout cela à un moment propice pour Mao afin de dresser les rangs de nouveaux communistes à une obéissance aveugle. En effet, même si la Chine reste en guerre contre le Japon et est en pleine guerre civile, à Yan’an, ni le Kuomintang de Chiang Kai-shek ni les Japonais ne menacent réellement le Parti communiste et les communistes ayant survécu à la Longue Marche sont peu nombreux. La plupart des nouvelles recrues sont soit des paysans des régions environnantes, soit de jeunes intellectuels venant de « l’extérieur », c’est-à-dire des grandes villes encore sous domination du Kuomintang, qui, afin d’être parfaitement utiles à la révolution, doivent subir des réformes idéologiques et une rééducation politique.

L’extrait « La campagne de sauvetage des déviants » se situe entre 1942 et 1945, lors de la troisième et dernière phase de la campagne de rectification, quand les cadres devaient étudier l’histoire et en tirer des leçons pour corriger leurs fautes. Cette campagne a inclus une campagne de sauvetage des déviants se concentrant alors sur les confessions des cadres, confessions utilisées ensuite pour en dénoncer d’autres dans un cercle vicieux de fausses déclarations et de confessions erronées. Wei Junyi montre ainsi dans son livre la progression idéologique et toute l’absurdité d’une campagne fondée sur la peur et qui prendra fin au moment des excuses de Mao. Un avant-goût de ce qui est à venir.

VIOLAINE LIEBHART a traduit du chinois (Chine) La campagne de sauvetage des déviants, l’extrait d’un essai de WEI JUNYI à découvrir en intégralité dans les pages du numéro 7 de Jentayu.

Illustration © Arief Witjaksana.