Note de lecture

Feng Jicai et la défense du patrimoine comme mémoire et source identitaire

Numéro 7

L’ŒUVRE LITTÉRAIRE de Feng Jicai a été découverte en France très tôt, dès le milieu des années 1980, la première traduction étant une nouvelle publiée dans le quotidien Le Monde en 1986, « Visiteur d’un soir de neige » 《雪夜来客》. Elle fut suivie de nombreuses traductions de recueils de nouvelles dans les années 1990 et au début des années 2000, puis de trois publications bilingues de courts récits à la fin de cette même décennie, sans oublier le fameux roman Le Lotus d’or de trois pouces 《三寸金莲》 : publié dans une traduction en anglais en 1994, il a eu tellement de succès qu’il a bénéficié d’un article élogieux dans Le Monde, fait rarissime pour ce journal qui ne publie normalement que des critiques de traductions en français.

Ce que l’on connaît moins, c’est le talent de peintre de Feng Jicai à côté de celui d’écrivain, et encore moins son engagement en faveur de la préservation du patrimoine, à Tianjin, mais également au niveau national. Or, selon ses propres dires, Feng Jicai se veut avant tout intellectuel habité d’une mission de défense d’un patrimoine culturel reconnu aujourd’hui comme définissant l’identité d’un peuple. Il est ainsi passé de la peinture littéraire des petites gens « extraordinaires de la vie ordinaire » à l’identification puis la préservation de leurs arts et coutumes, comme éléments constitutifs d’un riche patrimoine culturel qui n’inclut pas seulement le patrimoine architectural urbain.

La culture comme fondement

Après 1980, on s’est passionné en France pour la nouvelle littérature chinoise comme porte d’entrée sur un monde en plein bouleversement, puisque « toute littérature est assaut contre la frontière » comme l’a dit Kafka, et ce tout particulièrement en ce qui concerne la Chine.

C’est la période où furent découverts, en même temps que Feng Jicai, les grands auteurs chinois contemporains tels que A Cheng, Weng Zengqi, Wang Meng, Lu Wenfu, Liu Xinwu et bien d’autres. Cette période a en effet été particulièrement riche en matière de traductions du chinois, venant compléter ce que l’on connaissait de la littérature classique et moderne, traductions – essentiellement de nouvelles – relayées par l’émergence d’éditeurs spécialisés qui ont peu à peu acquis pignon sur rue.

En même temps, on découvrait le cinéma chinois, avec une première grande rétrospective à Paris, au cinéma La Pagode en 1982. Et, parallèlement, se développait l’enseignement du chinois à l’université, sous l’égide de grands sinologues, en mettant l’accent sur un principe fondamental : la littérature et le cinéma comme culture venant enrichir et donner sens à l’apprentissage de la langue.

La suite de la note de lecture sur le site Chinese Short Stories.

BRIGITTE DUZAN est l’auteure de l’essai Feng Jicai et la défense du patrimoine comme mémoire et source identitaire, à découvrir en exclusivité dans les pages du numéro 7 de Jentayu.

Photo © Feng Jicai.