Extrait Histoire et Mémoire

Moyen mnémotechnique : quatre fois six vingt-sept ou trois fois neuf vingt-sept

Numéro 7

Écrit vingt-sept ans après les manifestations de la place Tian’anmen, en hommage au mouvement.

Entre la main en sang et l’empreinte de la main en sang
De l’oxygène, maculage et frottage évanouis
Ce qui part et ce qui arrive, se rassemblent
La mémoire convoie l’oubli, certains la voient mais gardent les yeux fermés
Mais moi je veux te montrer l’invisible dans toute sa clarté
Cette fragmentation et cette délivrance autrefois directes
Ces ammes dans les crânes qui palpitent et palpitent encore
Pêché oh pêché, apprendre à disparaître
Vingt-sept ans, la honte d’une nation tout entière

Les traces, la criminologie, ont appris à fuir
À rejoindre le gouvernement et à demeurer assis, feignant l’innocence
Processions de véhicules, de la foule, un simple nerf, fin comme un fil
Prélevé par cette paire de mains lavées au moyen du péché
Qui pétrit violemment un milliard de boules de pâte : des visages en colère
N’y allez pas, n’y allez pas, pour enfin être courbés et brisés
Ah, déchirant sacrifice, qui nourrit et cultive le deuil
Grondement lourd, clameur, la splendeur d’un geyser
Vingt-sept ans, le ferment d’une nation tout entière…

Les empreintes de main en sang se sont imprimées sur le ciel, qui est encore
En train de lancer une malédiction, les empreintes digitales en plastique
de Dieu ?
Je le dis, ce néant est insaisissable
Sur la terre, ne reste plus que ce dernier morceau de vert
Une plaine de brins d’herbe qui agitent une rosée sans parole
Elle, celle qui porte tout le poids du ciel
Son soupir provient des abysses
Un moyen mnémotechnique, irrémédiable et inarrêtable
De trois fois neuf vingt-sept à quatre fois sept vingt-huit

MENG LANG est l’auteur de Moyen mnémotechnique : quatre fois six vingt-sept ou trois fois neuf vingt-sept, un poème traduit du chinois (Chine) par GWENNAËL GAFFRIC et à découvrir en intégralité dans les pages du numéro 7 de Jentayu.

Photo © 《中国人权双周刊》.