Numéro 3 Dieux et Démons

Le fantôme de la mangrove

Note de lecture

LE RECUEIL DE LI ANG Les fantômes visibles (Kandejian de gui, 2004) se compose de cinq nouvelles pouvant se lire indépendamment les unes des autres mais formant un tout cohérent, qui nous présentent divers cas de jeunes femmes qui, ayant péri de malemort, reviennent sous forme de fantômes dans l’espoir d’une revanche. Confinées de leur vivant dans un espace trop étroit pour elles, elles connaissent alors une forme de libération et d’accomplissement post-mortem. Tout en dénonçant l’injustice de leur sort et les maltraitances dont elles ont été victimes, Li Ang se réfère à des réalités géographiques et historiques de Taïwan, mêlant à la fois les questions de genre, d’identité, de politique. Elle déclare dans la post-face que « les fantômes peuvent accomplir ce que les femmes ne peuvent pas ».

L’intrigue, qui met en scène cinq fantômes liés aux cinq directions (les quatre points cardinaux et le centre), se déroule dans la ville natale de l’auteur, Lukang, qu’elle qualifie de « pays fantôme » : sans doute s’agit-il d’une synecdoque pour Taïwan, dont elle souligne ainsi l’identité spectrale et marginalisée. Ces récits nous offrent une lecture de l’histoire de la Chine et de Taïwan peu conventionnelle et tout à fait captivante.

Proposée dans ce numéro 3 de Jentayu, la nouvelle « Le fantôme de la mangrove » – le titre originel en est en fait « Au sud du pays : Le fantôme de la mangrove » – s’inspire d’une légende bien connue. Cette brève nouvelle est emblématique de toutes les autres : une femme violée, puis ayant subi un mariage forcé et se retrouvant abandonnée par son mari, se pend à un arbre. Son fantôme hantera la ville de Lukang de la dynastie des Qing à la période l’occupation japonaise.

MARIE LAUREILLARD a traduit du chinois (Taïwan) la nouvelle Le fantôme de la mangrove, de LI ANG, à découvrir dans les pages du numéro 3 de Jentayu.

Photo © Sleeman Huang.