Numéro 2 Villes et Violence

Fou de Mary

Entretien

VOUS ÊTES L’AUTEUR de la nouvelle « Fou de Mary ». Pouvez-vous nous décrire la genèse de votre texte ? En tant qu’habitant de Kuala Lumpur, comment diriez-vous que la ville a influencé votre travail d’écriture ?

Terence Toh : « Fou de Mary » conjugue plusieurs réflexions. Tout d’abord, j’ai toujours apprécié les histoires aux narrateurs peu fiables. Je me suis toujours demandé ce qui se passerait si le seul témoin d’un crime était une personne aux facultés mentales douteuses. Pourrait-on la prendre au mot ?

Ensuite, l’influence de Kuala Lumpur y est omniprésente. Le personnage de Siva, par exemple, est directement inspiré de mendiants que j’ai pu croiser dans le quartier de Pudu (NdT : là où se trouve la plus ancienne gare routière de la ville), du temps où j’y travaillais. Quelques-unes de ses répliques sont les mêmes que celles que j’y ai entendues.

Kuala Lumpur est une ville très animée, grouillante. Son nom provient de la confluence de deux rivières, mais KL est aussi le point de rencontre de l’ancien et du nouveau, du respectable et du déviant, du familier et de l’étrange. Certains quartiers sont hypermodernes, d’autres sont peu fréquentables une fois la nuit tombée ! Tous les profils de gens se croisent à KL, tous essaient d’y gagner leur vie, et les histoires à raconter sont partout et multiples.

À quel(s) genre(s) vont vos préférences ? Quels auteurs vous inspirent particulièrement ?

J’apprécie un peu tous les genres, tant que l’histoire m’accroche. Ceci étant dit, je suis un grand fan de littératures fantasy et d’horreur. J’ai beaucoup d’admiration pour des auteurs comme Neil Gaiman, J.R.R. Tolkien, Stephen King, Terry Pratchett, Phillip Pullman, China Miéville et Susanna Clarke, pour n’en citer que quelques-uns.

Que pensez-vous des évolutions recentes du milieu de l’édition malaisien ?

Je pense qu’elles sont prometteuses. La fiction originaire de Malaisie commence à être de plus en plus reconnue, les lecteurs commencent à identifier les nuances et bizarreries qui peuvent accompagner une voix littéraire malaisienne. Au niveau local, la fiction de genre est aussi en train de faire son trou – une bonne nouvelle pour moi en tant qu’auteur, mais aussi un signe que les lecteurs malaisiens s’intéressent à une diversité grandissante d’histoires.

Amir Muhammad, vous avez inauguré la collection Fixi Novo par la sortie du recueil KL Noir: Red, et vous avez depuis publié trois autres volumes de nouvelles suivant le même concept (KL Noir: White, Blue et Yellow). En tout, 63 nouvelles par 63 auteurs. S’agissait-il d’une sorte de laboratoire littéraire pour Fixi Novo ?

Amir Muhammad : S’il s’agissait effectivement d’un laboratoire, alors nous sommes ravis qu’il ait créé quelques monstres (à la manière de Frankenstein), dont Terence Toh !

Quelles sont les prochaines parutions prévues pour Fixi Verso, votre collection dédiée à la traduction d’œuvres étrangères en bahasa Malaysia ?

Nous avons plusieurs traductions sur le point d’être publiées cette année, dont des livres de John Green, Haruki Murakami, David Cronenberg… en attendant la sortie de Tel Aviv Noir, un recueil pour lequel nous avons récemment acquis les droits !

TERENCE TOH est l’auteur de Fou de Mary, une nouvelle traduite de l’anglais (Malaisie) par BRIGITTE BRESSON à découvrir dans les pages du numéro 2 de Jentayu.

Photo © John Ragai.