Numéro 2 Villes et Violence

Cette nuit-là

Entretien

DANS « CETTE NUIT-LÀ » de Kim Sum (김 숨), un banal incident de la route entraîne la narratrice dans un véritable cauchemar paranoïaque. La violence, si elle est bien présente, reste avant tout psychologique. Entre passé et présent, fantasme et réalité, traduire une telle nouvelle a-t-il constitué pour vous un certain défi d’écriture ?

Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel : Dans cette nouvelle, il est vrai que la violence est avant tout psychologique, car plutôt que ce qui se produit réellement c’est la menace de ce qui pourrait arriver qui pèse le plus lourdement sur le personnage principal. C’est un phénomène que l’on retrouve dans tous les écrits de Kim Sum. Ses personnages sont généralement des femmes, et toutes sont obsessionnelles, voire paranoïaques. Par conséquent, les événements, les faits, les pensées et les gestes des personnages se répètent inlassablement, c’est de là que vient la difficulté de traduire ces textes. Dans la version coréenne, la répétition n’est pas gênante, mais en français, celle-ci n’a pas sa place. Le va-et-vient entre passé et présent et fantasme et réalité ne nous a pas posé de difficulté particulière, on peut aisément les distinguer en fonction du contexte. Le plus plaisant lors de la traduction de cette nouvelle a été le fait de devoir retranscrire avec précision la tension permanente qui plane sur l’ensemble du texte.

En quoi cette nouvelle, qui a reçu le prestigieux prix Hyundae munhak, est-elle typique de l’univers de Kim Sum ?

Comme nous l’avons dit précédemment on retrouve dans cette œuvre un des personnages chers à Kim Sum : une femme, obsessionnelle, angoissée, paranoïaque, sur le point de sombrer dans la folie. Dans tous ses écrits, l’auteur sait comment transposer avec subtilité et perspicacité la manière dont la violence quotidienne, quelle qu’elle soit, peut faire basculer quelqu’un dans la peur, l’angoisse et la paranoïa.

Avez-vous pu rencontrer Kim Sum ou échanger avec elle avant ou pendant votre travail de traduction ? De manière générale, êtes-vous habituellement en contact avec les auteurs que vous traduisez ?

Nous n’avons pas eu la chance de rencontrer Kim Sum pour cette traduction, mais Yeong-hee a déjà échangé avec cet auteur pour des traductions précédentes. De manière générale, nous prenons contact avec les auteurs que nous traduisons, certains que Yeong-hee a déjà rencontrés, et d’autres que nous connaissons seulement par e-mail. Il nous arrive régulièrement d’échanger des messages avec eux pour des précisions sur certains passages ou pour des propositions des noms des personnages.

Vous avez déjà travaillé ensemble à la traduction de romans et de bandes dessinées. Pouvez-vous nous décrire le déroulement d’une traduction à 4 mains ?

Nous avons collaboré à la traduction de trois romans et une bande dessinée déjà publiés, et traduisons actuellement un roman et un recueil de nouvelles. Tout d’abord, Yeong-hee fait des recherches sur le texte et prépare un premier jet brut, ensuite nous travaillons par Skype (nous n’habitons pas au même endroit, une est à Paris, l’autre à Avignon), Yeong-hee traduit oralement et Mélanie tape le texte en remaniant en bon français au fur et à mesure. Viennent ensuite les relectures successives, les discussions, les débats et les échanges pour arriver enfin au texte définitif.

LIM YEONG-HEE et MÉLANIE BASNEL ont traduit du coréen (Corée du Sud) Cette nuit-là, une nouvelle de KIM SUM à découvrir dans les pages du numéro 2 de Jentayu.

Photo © Anton Strogonoff.